Système Linux

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Distribution, noyau, GNU, logiciels libres, OpenSource… Découvrez l'historique de Linux, les distributions gratuites et payantes, leurs droits d'utilisation, puis recherchez et étudiez la terminologie propre à Linux.

Je découvre l'historique de Linux via UNIX

Pourquoi l'histoire de Linux vous concerne

Chez Green Data, avant même d'installer le premier serveur du salon TechByte, vous devrez expliquer à votre responsable pourquoi vous recommandez telle distribution plutôt qu'une autre, et pourquoi son coût est nul alors qu'elle doit supporter des applications d'intelligence artificielle en production. Vous ne pourrez donner une réponse solide qu'en comprenant d'où vient Linux : un système né dans la recherche, construit sur les principes d'UNIX, et rendu libre par un mouvement qui a changé l'informatique. Ce chapitre retrace cette filiation, des laboratoires Bell Labs à la domination actuelle de Linux sur les infrastructures serveur et l'informatique embarquée.

UNIX : la matrice, née en 1969

L'histoire commence à la fin des années 1960 chez AT&T Bell Labs, aux États-Unis. Ce laboratoire de recherche travaillait avec le MIT sur un système d'exploitation ambitieux nommé Multics, jugé trop complexe et abandonné par AT&T. En 1969, Ken Thompson, l'un des chercheurs impliqués, écrit un jeu appelé « Space Travel » et, dans la foulée, développe avec Dennis Ritchie un système de gestion de fichiers minimaliste, quelques utilitaires de base et un interpréteur de commandes, le Shell. Ce projet reçoit en 1970 le nom d'UNIX, clin d'œil moqueur au nom Multics.

Le tournant décisif intervient en 1973 : Dennis Ritchie met au point le langage C, et l'essentiel d'UNIX est réécrit dans ce langage plutôt qu'en assembleur. C'est une rupture majeure. Un système écrit en assembleur est prisonnier du processeur pour lequel il a été conçu ; un système écrit en C peut être recompilé sur des machines différentes. UNIX devient ainsi l'un des tout premiers systèmes d'exploitation portables de l'histoire de l'informatique.

AT&T distribue alors UNIX avec son code source aux universités et centres de recherche, à un coût symbolique. Cette diffusion ouverte permet à des générations d'informaticiens d'étudier, de modifier et d'améliorer le système — une pratique qui deviendra, bien plus tard, l'un des piliers de la philosophie du logiciel libre.

Deux branches, une guerre des Unix

À mesure qu'UNIX se répand, il se fragmente. Deux grandes lignées émergent :

  • BSD (Berkeley Software Distribution) : à partir de 1977, des chercheurs de l'université de Californie à Berkeley enrichissent le code d'AT&T et le redistribuent sous ce nom. BSD est à l'origine des systèmes libres FreeBSD, OpenBSD et NetBSD, toujours actifs aujourd'hui.
  • UNIX System V : la branche commerciale, vendue par AT&T aux grands constructeurs informatiques (Sun Microsystems, IBM, Hewlett-Packard, DEC…), qui développent chacun leur propre variante : Solaris, AIX, HP-UX.

Ces deux branches ont échangé du code et des concepts au fil des versions, mais leur coexistence a surtout produit une multitude de dialectes UNIX incompatibles entre eux — ce que l'on a appelé la « guerre des Unix ». En 1993, la propriété intellectuelle de la marque UNIX passe d'AT&T à Novell, puis à l'organisme X/Open (aujourd'hui l'Open Group), chargé de certifier ce qui peut légitimement porter le nom UNIX®.

GNU : rendre l'informatique libre à nouveau

Au début des années 1980, l'essor d'UNIX commercial a un effet pervers : le code source, autrefois partagé, devient propriétaire. Richard Stallman, chercheur au MIT, en fait l'expérience directe : confronté à une imprimante Xerox défectueuse, il ne peut pas corriger le pilote car son code source lui est refusé. Cet épisode le convainc que la liberté de modifier les logiciels doit redevenir la norme.

En 1983, Stallman lance le projet GNU — acronyme récursif pour « GNU's Not Unix ». L'objectif est ambitieux : reconstruire un système d'exploitation entièrement compatible avec UNIX, mais composé uniquement de logiciels libres. Le projet aboutit rapidement à des outils devenus incontournables : le compilateur GCC, l'éditeur Emacs, l'interpréteur de commandes Bash, et bien d'autres. Stallman rédige également la licence publique générale GNU (GPL), qui impose que toute modification distribuée d'un logiciel sous GPL reste elle-même libre — le principe du copyleft.

Un composant manque cependant à l'appel : le noyau, cette pièce centrale qui pilote directement le matériel. Le noyau du projet GNU, baptisé Hurd, débute son développement en 1990 mais avance lentement.

Minix, le chaînon pédagogique

En 1987, le professeur néerlandais Andrew S. Tanenbaum publie Minix, un système de type UNIX simplifié, conçu à des fins d'enseignement et distribué avec son code source dans un livre. Sa licence reste toutefois restrictive : elle ne permet ni redistribution ni modification entièrement libres. Minix inspirera pourtant directement l'événement fondateur suivant.

1991 : la naissance de Linux

En 1991, Linus Torvalds, étudiant finlandais à l'université d'Helsinki, s'équipe d'un ordinateur à processeur Intel 80386 et étudie Minix pour en comprendre le fonctionnement. Frustré par les limites de l'émulateur de terminal de Minix, il commence à écrire le sien. Le projet grossit rapidement et devient, en quelques mois, un véritable noyau de système d'exploitation, conforme aux normes POSIX qui définissent la compatibilité avec UNIX.

Le 25 août 1991, Torvalds publie sur le forum Usenet comp.os.minix un message resté célèbre, où il annonce travailler « pour le fun » sur un système libre et invite d'autres développeurs à y contribuer. Le nom du projet, d'abord « Freax » (contraction de « free », « freak » et le x d'Unix), est remplacé par Linux — le dossier de stockage sur le serveur FTP de l'université ayant été nommé ainsi.

Torvalds fait un choix décisif : il place son noyau sous licence GPL. Associé aux outils déjà développés par le projet GNU, le noyau Linux forme alors un système d'exploitation complet et libre — ce qui explique pourquoi les puristes parlent encore aujourd'hui de GNU/Linux plutôt que de « Linux » seul, ce dernier ne désignant, au sens strict, que le noyau.

Ce que Linux n'est pas — et ce qu'il est devenu

Techniquement, Linux n'est pas un UNIX : il ne contient aucun code hérité du UNIX original d'AT&T, contrairement aux branches BSD ou System V. C'est un système « de type UNIX » (Unix-like), un clone indépendant écrit à partir de zéro mais fidèle aux mêmes principes fondateurs : architecture multi-utilisateur et multi-tâche, hiérarchie de fichiers unifiée, philosophie des petits outils combinables, et compatibilité POSIX qui lui permet de faire tourner nombre de logiciels et de scripts conçus pour UNIX.

En 1996, la communauté cherche une mascotte. Un concours de dessin est lancé ; Tux, le manchot dessiné par Larry Ewing avec le logiciel libre GIMP, s'impose et reste depuis le symbole de Linux.

Depuis, le chemin parcouru est vertigineux. Linux fait aujourd'hui tourner la quasi-totalité des supercalculateurs mondiaux, la majorité des serveurs web, la plupart des smartphones via Android, ainsi qu'une multitude d'appliances : box internet, systèmes embarqués, équipements industriels. C'est précisément ce type d'infrastructure — des serveurs Linux hébergeant des applications d'intelligence artificielle pour le salon TechByte — que vous serez amené à exploiter chez Green Data.

Ce que vous savez faire maintenant

Vous êtes désormais capable de situer Linux dans la lignée historique d'UNIX, de distinguer les branches BSD et System V, d'expliquer le rôle du projet GNU et de la licence GPL dans la naissance d'un système d'exploitation libre, et de justifier pourquoi Linux est un système « de type UNIX » plutôt qu'un UNIX au sens strict. Cette compréhension historique est le socle sur lequel repose le chapitre suivant : la terminologie propre à Linux, indispensable pour lire toute documentation technique et dialoguer avec vos futurs collègues administrateurs systèmes.