Infrastructure serveurs

Maintenir un serveur Linux

Migrez des serveurs Windows IIS vers Nginx réputés pour tenir la charge. Installez le serveur Linux et ses services satellites (DHCP, BIND…), mettez en œuvre les VirtualHosts, et automatisez l'import d'utilisateurs avec des scripts Bash (variables, conditions, boucles, fonctions).

J'installe mon serveur Linux et je configure la connectivité

Pourquoi basculer une partie du parc vers Linux

À la DSI d'Easy Learn, les serveurs Windows IIS qui exposent les applications du siège et des centres de formation supportent de plus en plus mal la montée en charge : lenteurs constatées aux heures de pointe, quand plusieurs centres se connectent simultanément via le VPN vers le siège parisien. La DSI décide de basculer une partie de ces serveurs vers Linux, réputé pour mieux tenir la charge sous forte sollicitation. Ce chapitre couvre le premier geste de ce chantier : installer un serveur Linux et lui donner une connectivité réseau fiable, avant d'y poser les services satellites (DNS, DHCP, HTTP) dans les chapitres suivants.

Aucun support de formation dédié ne détaille cette étape d'installation ; ce chapitre s'appuie sur des pratiques standard et reconnues du métier, illustrées avec des exemples cohérents avec le contexte Easy Learn — sans valeur technique réelle empruntée à un support existant.

Choisir une distribution

Deux familles de distributions Linux dominent le monde serveur, avec des logiques de gestion de paquets différentes :

FamilleDistributions courantesGestionnaire de paquets
Debian / UbuntuDebian, Ubuntu Serverapt / dpkg
Red Hat / FedoraRHEL, Rocky Linux, AlmaLinuxdnf / rpm

À la DSI d'Easy Learn, le choix se fait selon le service à héberger : Debian pour les services d'infrastructure internes (DNS, DHCP), plus légers et très documentés, et Rocky Linux pour valider une architecture proche de certains environnements partenaires, orientée serveur web. Les deux distributions restent des bases solides et à jour long terme (LTS) : le critère de choix est avant tout l'habitude de l'équipe et la compatibilité avec les outils déjà en place, pas une supériorité technique de l'une sur l'autre.

Préparer et lancer l'installation

Que ce soit Debian ou Rocky Linux, l'installation suit une trame similaire :

  1. télécharger l'image ISO officielle (netinst pour Debian, DVD ou Boot ISO pour Rocky) et vérifier son empreinte (checksum) avant tout déploiement ;
  2. démarrer la machine (physique ou virtuelle) sur cette image ;
  3. choisir la langue, le fuseau horaire et la disposition clavier ;
  4. partitionner le disque — un partitionnement guidé avec LVM convient pour un serveur standard, un partitionnement manuel permet d'isoler /var ou /home sur des volumes séparés si le service l'exige ;
  5. définir le nom d'hôte, le compte administrateur et le mot de passe root ;
  6. sélectionner les paquets de base — pour un serveur, on évite délibérément l'environnement graphique, inutile et consommateur de ressources.

Un serveur de production ne doit embarquer que ce qui sert réellement : chaque paquet installé est une surface d'attaque potentielle, un principe qui reviendra au chapitre sur le durcissement de sécurité.

Premiers réflexes après installation

Une fois le système démarré, quelques vérifications et réglages s'imposent avant de le raccorder aux autres services :

$ hostnamectl set-hostname srv-lx-web01
$ hostnamectl
$ timedatectl set-timezone Europe/Paris
$ timedatectl

hostnamectl fixe et affiche le nom d'hôte du serveur ; timedatectl règle le fuseau horaire et vérifie la synchronisation de l'horloge — un décalage d'horloge perturbe aussi bien l'authentification que la cohérence des journaux applicatifs entre plusieurs serveurs.

Identifier les interfaces réseau

Avant de configurer quoi que ce soit, il faut savoir quelles interfaces le noyau a détectées :

$ ip link show
1: lo: <LOOPBACK,UP,LOWER_UP> mtu 65536 ...
2: enp0s3: <BROADCAST,MULTICAST,UP,LOWER_UP> mtu 1500 ...

$ ip addr show

ip link liste les interfaces et leur état physique ; ip addr ajoute les adresses IP déjà attribuées, le cas échéant par DHCP le temps de l'installation. Les distributions récentes nomment les interfaces selon un schéma prévisible (enp0s3, ens18…) plutôt que l'ancien eth0, ce qui évite les changements de nom imprévus après l'ajout d'une carte réseau.

Configurer une adresse IP statique avec nmcli

Un serveur d'infrastructure a besoin d'une adresse fixe : les postes et les autres services doivent toujours le trouver au même endroit. Sur les distributions qui utilisent NetworkManager — c'est le cas de Rocky Linux et de nombreuses installations Debian récentes —, nmcli permet de poser cette configuration en ligne de commande :

$ nmcli connection show
NAME                UUID                                  TYPE      DEVICE
Wired connection 1  3f2a1c9e-....                          ethernet  enp0s3

$ nmcli connection modify "Wired connection 1" \
    ipv4.addresses 10.10.20.11/24 \
    ipv4.gateway 10.10.20.1 \
    ipv4.dns "10.10.20.5 10.10.20.6" \
    ipv4.method manual

$ nmcli connection up "Wired connection 1"
  • ipv4.addresses fixe l'adresse IP et le masque en notation CIDR ;
  • ipv4.gateway pointe vers la passerelle du réseau, ici celle du segment infrastructure d'Easy Learn ;
  • ipv4.dns déclare les résolveurs DNS à interroger (le futur serveur BIND, une fois en place) ;
  • ipv4.method manual bascule la connexion d'une configuration DHCP à une configuration statique.

Sur une Debian minimale sans NetworkManager, la même configuration se fait directement dans /etc/network/interfaces :

auto enp0s3
iface enp0s3 inet static
    address 10.10.20.11/24
    gateway 10.10.20.1
    dns-nameservers 10.10.20.5 10.10.20.6

Un systemctl restart networking applique la nouvelle configuration.

Vérifier la connectivité

Une fois l'adresse posée, trois vérifications suffisent à confirmer que le serveur est correctement raccordé au réseau d'Easy Learn :

$ ip addr show enp0s3
$ ping -c 4 10.10.20.1
$ ping -c 4 8.8.8.8

Le premier ping confirme la joignabilité de la passerelle locale (couche 2/3 du réseau du centre), le second confirme que le routage vers l'extérieur fonctionne. Si la résolution de noms est déjà en place, ping easylearn.lan ou un test avec nslookup/dig viendra compléter cette vérification une fois le chapitre suivant sur BIND mis en œuvre.

Ce qu'il faut retenir

L'installation d'un serveur Linux suit une trame proche d'un système à l'autre (partitionnement, compte administrateur, paquets minimaux) mais diverge sur le gestionnaire de paquets selon la famille choisie. Une fois le système démarré, hostnamectl et timedatectl posent l'identité du serveur, et nmcli (ou /etc/network/interfaces sur Debian) lui donne une adresse IP statique indispensable à tout service qui doit être joignable de façon fiable. Cette base réseau posée, le chapitre suivant aborde la gestion des paquets qui permettra d'installer les services satellites du serveur web.